Échouez vite, échouez mieux

Connaissez-vous cette citation prêtée à Marc Zuckerberg : « Fait est mieux que parfait » ? Dans cet article, nous allons voir comment s’inspirer des informaticiens et du « Test and Learn » pour avancer dans sa voie créative.

Alors oui, je sais… débuter un article en mettant en parallèle l’artistique et l’informatique, bon… autant comparer la musique aux maths, hein ? ( ha ha… attendez… mais, en fait… ?)… Aujourd’hui, donc, nous allons aborder la méthode « Test and Learn » (n’ayez pas peur, ça ne fait pas mal !), et voir comment elle peut vous aider à trouver votre voie par des approches différentes, rapides, et mesurées.

Lorsque l’on débute une carrière artistique, l’une des choses qui nous paralyse le plus (avec le syndrome de l’imposteur et la procrastination, mais j’y reviendrai…) est le perfectionnisme. Cette fichue manie qui consiste à avoir une idée, à en commencer la réalisation, puis à s’arrêter, à en reprendre le début, à le polir pour qu’il brille, puis se rende compte que ça nous a demandé beaucoup d’efforts pour arriver jusqu’à là, et que la suite ne sera pas à la hauteur de nos espérances, et qu’on attendra bien le prochain projet pour montrer de quoi on est capable… et au final, on ne termine jamais rien. Il est d’ailleurs intéressant de noter que cette notion de « perfection » est très culturelle… Au japon, par exemple, la philosophie Zen reconnaît la beauté des choses imparfaites, sous le nom de « Wabi-Sabi » (un concept se référant à la fois à la simplicité et au travail du temps et des hommes).

Dans le milieu de la bande dessinée, par exemple, j’ai croisé pléthore d’aspirants auteurs, extrêmement talentueux, mais qui ne terminaient aucun projet. C’est triste mais compréhensible : la BD est un art laborieux, solitaire, quelque fois décourageant, et où l’on voit son dessin évoluer page après page, lorsque l’on débute. Si l’on n’accepte pas cet état de fait, on peut facilement se retrouver à redessiner les premières pages de son album une fois les dernières terminées… et n’en jamais finir. Cette problématique se pose surtout lorsqu’on souhaite créer un album soi-même, en auto-édition. Pour démarcher un éditeur avec un projet éditorial, quelques planches abouties, une note d’intention et un synopsis suffisent, en général, mais la concurrence est rude et il est difficile de se démarquer ( je pourrais revenir plus en détail sur le milieu de la BD par la suite, et vous raconter mon parcours, de la création d’un webcomics à une édition d’album en micro-édition, en passant par une campagne de financement réussie sur Ulule).

Dans le milieu artistique, le perfectionnisme nuit en général grandement à l’évolution : un de mes amis, musicien professionnel depuis plusieurs années, n’a toujours pas travaillé sur sa présence en ligne (site pro et enregistrements). La raison : il attend de trouver la bonne journée, la bonne lumière pour les prises de photos, la bonne acoustique pour les enregistrements, que ses morceaux soient parfaitement rôdés… Bref, sans que cela ne soit de la procrastination ( il travaille d’arrache-pied sur sa technique), il ne communique sur rien, à personne… et ne s’ouvre donc aucune piste (de travail, de collaboration, etc.)

La leçon à retenir de cela ? N’attendez pas que ce que vous faites soit parfait, faites-le et publiez-le. La perfection n’existe de toute façon pas, et vous vous améliorerez en chemin.

C’est le mode de pensée des informaticiens, qui travaillent de plus en plus avec la méthode « Test and learn ». Leur leitmotiv :  » Si la première version de votre produit ne pose pas de souci, c’est que vous l’avez lancé trop tard », enjoint de lancer rapidement un premier prototype, et de le ré-orienter au fur et à mesure en fonction des retours des utilisateurs.

Cette méthode procure de nombreux avantages, parmi lesquels :

une hausse de l’estime de soi : vous avez produit quelque chose, et même si ce n’est pas parfait, vous avez mené un projet de A à Z. Soyez fier de vous 🙂 !

l’exposition à la critique : soyez ouvert (et apprenez à vous blinder un peu face aux retours) ! Les critiques vous feront avancer, pour peu qu’elles soient étayées et constructives. Montrez votre travail à des pairs bienveillants (communautés et forums spécialisés), restez humble, et vous apprendrez beaucoup.

Apprendre à se détacher du résultat : encore une fois, ce qui compte est le processus créatif. C’est sur cela que vous travaillez, et non sur le résultat, gardez bien cela en tête, c’est le plus important. J’ai réalisé deux albums de bandes dessinées sur ce qui devait être une trilogie, et aujourd’hui, ce qui m’a rapporté le plus de cette expérience, c’est d’avoir appris à travailler rapidement et efficacement mon dessin numérique… et ce qui m’a aussi permis de me démarquer de mes collègues lorsque j’ai débuté dans la facilitation graphique : je savais dessiner rapidement n’importe quoi sur un logiciel de dessin… des heures entières à faire de la BD numérique me l’avaient appris !

Alors, concrètement, comment mettre en place cette méthode « test and learn » pour vos projets créatifs ?

-Apprenez à vous fixer des objectifs temporels et à mesurer les retours de vos efforts : Par exemple, j’ai lancé une collection, il y a quelques années, d’objets décoratifs illustrés par mes soins (ça peut fonctionner avec tout, vêtements, accessoires, etc.). J’ai créé un site avec photos et description des objets, une boutique Etsy et stocké un certain nombre de ces produits chez moi, pour vendre sur les marchés et distribuer dans des boutiques locales. J’ai même reçu un prix du public lors d’une exposition locale pour ces créations. Peut-être que l’idée était bonne, mais les ventes n’étaient clairement pas au rendez-vous. Après 6 mois à écumer les marchés et chercher des revendeurs, j’ai arrêté de passer du temps sur ce projet et suis passée à autre chose. J’ai testé ( j’ai lancé mon projet) , et j’ai appris (qu’une bonne idée ne vaut rien, si personne n’est prêt à payer pour ce produit). Je ne regrette en rien cette expérience : des années plus tard, j’ai offert les stocks qui me restaient à une association, pour qu’elle retire le bénéfice qu’elle pouvait avec la vente de ces objets. Moi, j’avais retiré tout ce que je pouvait apprendre de cette période (processus de création d’objets, démarchage de revendeurs, gestion des stocks, envoi postaux aux clients, relationnel, etc.), des leçons précieuses qui allaient bien au-delà du dessin. Je me suis détachée du résultat ( les objets, que j’ai fini par offrir pour une cause me tenant à coeur ) au profit du processus d’apprentissage (ce qu’il y a de bien dans une expérience, c’est qu’on ne peut pas la perdre, et que personne ne peut nous l’enlever).

Commencez dès aujourd’hui : vous souhaitez vous lancer dans la BD ? Publiez gratuitement vos planches sur des plate-formes de « Webcomics » : vous y trouverez un lectorat ( lecteurs qui peuvent devenir des fans), et des conseils d’autres dessinateurs. J’ai débuté la parution de mes planches de BD de cette façon (je ferais un article complet sur mon expérience en BD), et avoir des retours sur votre travail vous poussera à continuer de poster, à vous améliorer, bref, créera un cercle de travail vertueux et peut même vous amener à réaliser des collaborations. Vous souhaitez travailler dans l’illustration jeunesse ? Créez un portfolio gratuit en ligne ( sur Wix ou WordPress), et fréquentez les forums de mise en relation entre auteurs et illustrateurs. Présentes vos travaux, et détaillez le « Making-of » ( les gens adorent voir le travail s’élaborer au fur et à mesure).

N’attendez plus d’avoir quelque chose de parfait : vous continuerez de toute façon à progresser selon les projets sur lesquels vous travaillerez, et Internet regorge de réseaux, de plate-formes et autres modes de diffusion, la plupart du temps avec un mode gratuit pour un usage limité ( bien suffisant si vous débutez), vous n’avez pour ainsi dire plus aucune excuse !

-Enfin, surtout, j’y reviens parce que c’est important : mettez en place des « points de contrôle » pour mesurer vos efforts, avec des indicateurs chiffrés ( nombre de visites, de ventes, temps de création passé, etc). Vous avez une boutique en ligne ouverte depuis six mois pour vendre vos objets ( broderies, T-shirts, impressions, livres autoédités…) mais n’arrivez pas à faire décoller vos ventes ? Revoyez vos options : analysez d’où viennent vos clients (avez-vous assez bien communiqué ? Où, et à qui ?), essayez de voir quels produits se vendent le mieux (avec la Loi de Pareto), évaluez les gains possibles en regard des pertes (abonnement au site d’e-commerce, temps passé à créer, par rapport au retour sur investissement..). Et si malgré ces analyses chiffrées et la mise en place des solutions appropriées, rien ne s’améliore… fermez, et passez à autre chose. Vous aurez toujours appris de cette expérience (par exemple, qu’il est peut-être préférable de se constituer d’abord une communauté avant le lancement d’un produit ?), et n’aurez pas perdu trop de temps dessus.

Privilégiez autant que possible le processus et les expériences, au résultat. Un résultat est figé (une illustration, une BD, un disque, un objet artistique quel qu’il soit…), quand le processus est en perpétuel mouvement et vous aidera à aller de l’avant, en vous enrichissant de compétences profondes (gestion du relationnel et de vos techniques de vente, connaissance de votre marché et de votre capacité de travail, acquisition d’une nouvelle technique, détection plus rapide des bonnes et des mauvaises idées, mise en place d’une routine de travail, etc. ).

N’ayez pas peur des erreurs de trajectoire ou des échecs, la pire erreur serait de continuer d’attendre que tout soit « parfait » pour communiquer sur votre travail. Échouez vite, échouez souvent, échouez mieux… et commencez dès aujourd’hui 🙂 !

Anne

Publié par AnneB

Illustratrice, scribe, mais aussi musicienne, formatrice et auteure... Free-lance, je suis ouverte à toute proposition de collaboration, rencontrons-nous !

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