Comment (vraiment) vivre de sa créativité ?

photo of multicolored abstract painting

Je viens de terminer la lecture d’un livre d’Elizabeth Gilbert, “Comme par magie”, dédié à la créativité. Et, chose rare, il m’a interpellé au point que j’ai eu envie d’écrire un article dessus.

La créativité ? De la magie, de la curiosité, et… du travail, tout de même…

Ce livre de 274 pages se lit facilement, et on sympathise tout de suite avec l’écriture, que l’on sent sincère, de l’auteure. La 4e de couverture nous promet un “point de vue unique sur la créativité, qui nous ouvrira ” les portes d’un monde de merveille et de joie”. De ce point de vue-là, je ne suis pas restée sur ma faim, car la mythologie toute personnelle de l’auteure, à propos de la créativité, m’a quelque peu… déroutée. Personnellement, je n’ai jamais eu l’impression que les idées venaient à moi en attendant d’être matérialisées par mon activité créatrice ( à condition, il est vrai, que celles-ci me trouvent au travail ), ou encore qu’un bon génie, une muse ou quoi que ce soit de surnaturel ne veille à ma créativité, par-dessus mon épaule. Mais, en soit, ces mythes et croyances personnelles autour de la créativité sont propres à chacun, et ce n’est finalement pas ce qui a retenu le plus mon attention, au cours de cette lecture.

Elle aborde également la notion de “Permission”, le fait de s’autoriser à être créatif.ve, de s’autoriser à s’amuser en explorant des chemins de traverses, de jouer, de retrouver son âme d’enfant. Et je trouve ce point important, car d’expérience, de nombreuses personnes que j’ai accompagné en coaching sollicitaient de ma part, au fond, rien moins que la permission d’oser ( oser se lancer, oser être puissante, oser créer et s’affirmer…).

D’ailleurs, j’aime beaucoup l’approche de l’auteure autour des thèmes du jeu et de la joie dans la créativité, bien à rebours du mythe de “l’artiste maudit”, se tuant à la tâche ou cherchant l’inspiration dans toutes les addictions possibles.

Elle propose à ses lecteurs d’oublier les clichés de “la bohème”, et plutôt de mettre en place une routine de travail et “d’entretenir une liaison” avec votre créativité, comme si c’était votre amant (ou maîtresse, au choix), car “on trouve toujours du temps pour ces liaisons amoureuses”.

Bon, là encore, je n’ai rien à y redire : j’ai souvent ressenti l’envie d’avancer sur un projet plutôt que d’aller à une soirée, ou de jouer de la musique plutôt que de discuter autour d’une bière… La métaphore du temps amoureux passé sur un projet me parle, car lorsque je travaille à un projet ( illustration, écriture, musique…), je n’ai plus conscience du temps qui passe, exactement comme lors d’un dîner en bonne compagnie, où vous perdriez la notion du temps :)…

Non, là où je commence à ne plus la suivre, c’est lorsqu’elle aborde la notion de persistance. Elle explique qu’elle s’était fait la promesse, à 16 ans, de vivre de l’écriture. Elle écrivit durant de nombreuses années, en parallèle de jobs alimentaire, et envoya des centaines de manuscrits, essuyant autant de refus. Mais elle ne se découragea pas. Et ce, jusqu’à ce que l’un de ses textes soit publié dans un magazine ( bien que raboté de 30% de son contenu, pour rentrer dans le nombre de pages imparties).

Alors, attention, ne nous méprenons pas, j’ai suivi moi-même cette route, au début ! Moi aussi, j’avais décidé très jeune que je ne vivrais que du dessin (ayant bien du mal à m’imaginer faire autre chose de mes journées !), moi aussi j’ai dessiné tous les jours, durant des années, pour parfaire ma technique, moi aussi j’ai eu des “jobs alimentaires” ( animatrice d’ateliers en médiathèque, enseignante contractuelle, dessinatrice en studio de dessin animé, ou encore plongeuse dans une pizzeria, durant mes études), et moi aussi, j’ai dû fournir des livrables dont je n’étais pas fière, du travail dans lequel je ne me reconnaissais pas, juste parce que je débutais dans l’illustration et que je ne savais pas défendre mon point de vue.

Mais… et il y a un mais…

L’auteure explique que l’on a besoin, au fond, de trois choses pour vivre de sa créativité : de la chance, du talent, et du travail. Sauf que, pour la plupart d’entre nous, nous ne maîtrisons qu’un seul des paramètres de cette équation : le travail, voire même l’obstination au travail. L’auteure dit elle-même qu’elle a eu de la chance de voir son roman “Mange, prie, aime” devenir un best-seller, car elle touchait là à une histoire universelle, qui a parlé à énormément de lecteurs ( je l’imagine, en tout cas, n’ayant pas lu son livre). Mais si ce livre ( le 4e qu’elle avait écrit) n’avait pas eu un tel succès, aurait-elle continué à travailler ainsi ? Caissière, ou fermière, la journée, et écrivain le soir, arrachant une heure de travail à sa journée déjà bien chargée avant de s’écrouler de fatigue ? Combien d’années peut-on passer ainsi, même si l’essence même d’une existence créative “n’est pas de faire de l’argent, et devrait se suffire à elle-même” ? Moi, je n’arrive pas à voir les choses comme cela.

Pas de “plan B”…

En fait, je crois que mon travail créatif ( je veux dire, VRAIMENT envisager ma créativité comme un vrai travail qui me nourrisse !) a débuté le jour où j’ai lâché mes “jobs alimentaires”. N’ayant plus de revenus fixes, ni de “plan B”, je devais me donner corps et âme à ma réussite. Il n’y avait que cette façon, pour moi, de tester si j’étais capable ou non de vivre de ma passion. Tous mes “filets de sécurité” me retenaient, finalement, de me donner à 200% à mon activité créative.

Est-ce que c’était une bonne idée ? Je ne vous le conseillerais pas forcément, car cela dépend du caractère et de l’histoire de chacun, mais j’ai toujours aimer “tenter le tout pour le tout” (partir 2 mois en Irlande et rester y travailler 6 mois, partir 3 semaines en Guyane et rester y vivre 2 ans…), et je crois que j’ai besoin d’être au pied du mur pour débloquer toutes mes capacités, pour surmonter les obstacles… et c’est ce que j’ai fait 🙂 !

Est-ce que c’était le bon moment pour me lancer ? Clairement pas ! Je crois même que ça n’aurait jamais pu être pire ! Mon mari, fonctionnaire, avait démissionné pour se reconvertir dans un CAP Charpente, nous avions un enfant en bas-âge, et notre chantier de maison à terminer. Nous vivions avec mon seul salaire de professeure contractuelle, entassés dans 60 mètres carrés, dans un appartement bricolé en urgence ( en fait, un ancien garage et deux greniers à blé) le temps de terminer nos travaux ( qui durèrent sept ans… oui, le temporaire qui dure, vous connaissez, peut-être 🙂 ?)… Donc, clairement, non, ce n’était pas le meilleur moment pour que je décide d’arrêter de donner des cours et me lancer à temps plein dans la facilitation graphique… Mais j’y suis allée, de toute mes forces, avec un objectif en tête : devenir la référence, en pensée visuelle, sur la région Auvergne ! Oui, ce n’était pas très modeste de ma part, mais j’avais en tête cette citation d’Oscar Wilde : “Visez la lune, si vous échouez, vous atteindrez toujours les étoiles”, et je me disais que je n’avais rien à perdre à viser grand 🙂 !

Mais je ne m’attendais pas à y arriver grâce à un bon génie, une muse, des idées ou simplement un travail acharné. Ça a fonctionné à partir du moment où j’ai pris du recul (émotionnellement parlant) avec mon travail et que j’ai commencé à l’analyser, à en décortiquer tous les chiffres ( nombre de clients, d’heures passées par projet, de projets récurrents ou one-shot, revenu horaire par projet…). J’ai absolument TOUT analysé, pour comprendre pourquoi je passais autant d’heures de travail, au début, pour si peu de résultats.

J’ai compris que je n’avais pas la bonne STRATEGIE : je me présentais comme une illustratrice, et les clients me rémunéraient pour cette raison : créer les dessins qu’ils avaient en tête, mais n’arrivaient pas à dessiner eux-même. J’étais une simple “porte-crayon” à leurs yeux. Interchangeable, donc sans grande valeur ajoutée, et ne pouvant donc prétendre à un taux journalier élevé.

Mon levier, pour changer cet état de fait ? Travailler sur mon expertise. Et ça, je peux vous dire que personne n’en parle, en école d’art ! En gros, si vous êtes technicien, on viendra vous chercher pour faire un travail précis, et vous serez payé à l’heure. Mais si vous donnez des conseils, si vous participez à l’élaboration du projet avec le client, ou que vous lui fournissez un projet clé en main, et bien là, vous pouvez prétendre à être payé davantage ! C’est ainsi que je peux facturer une planche de BD 1500€ à un client, sans jamais n’avoir été éditée par de grandes maisons d’édition de BD, par exemple, juste parce que je conduis le projet de A à Z et libère mon client de la gestion d’un projet qu’il souhaite mener à bien, mais pour lequel il n’a pas une vision précise de toutes les étapes.

Et c’est pour cela, aussi, que j’ai choisi de travailler dans la pensée visuelle : les sketchnotes que je produis sont un vrai trésor pour mon client : produits en temps réels, au format numérique ( légers, directement exploitables et exportables), ils contiennent toutes les informations essentielles à retenir d’une conférence, d’un atelier, d’une journée d’équipe… ils permettent d’illustrer la vision d’une entreprise ou d’expliquer les avantages d’un processus, d’un produit, bien mieux et plus rapidement qu’aucun texte. Et cela, ça n’a pas de prix, pour mon client. C’est pour cela que je peut facturer des journées de travail à quatre chiffres…

Et je crois que c’est en cela, finalement, que ma vision diffère de celle d’Elizabeth Gilbert. Elle écrit qu’elle ne “souhaitais pas étouffer sa créativité en lui faisant porter le poids de devoir payer ses factures”. Or, pour moi, ma créativité est comme un feu que je dois alimenter. Si je n’ai pas de contraintes, je deviens fainéante. Mais si je sais que je dois, coûte que coûte, arriver à clôturer mon chiffre d’affaires pour faire manger ma famille, alors plus rien ne m’arrête 🙂 ! Et je dois vous avouer qu’au début, en 2015, lorsque j’ai fait le bilan avec ma comptable et qu’elle m’a annoncé qu’il faudrait que je fasse 2500€ de CA mensuel MINIMUM, je me suis dis que je n’y arriverais jamais… Quelques années plus tard, je peux analyser mes chiffres et voir que j’ai, des fois, pulvérisé mes prévisions avec des mois à 3000, 5000 ou 8000€ de chiffre d’affaires. Et j’en apprends toujours davantage, chaque année qui passe, sur la créativité, les routines de travail, l’équilibre pro-perso, et aucun de mes travaux ne ressemble au précédent.

Alors oui, dites-vous qu’il n’y a pas meilleure existence qu’une vie vouée à la créativité, mais ne basez pas votre réussite sur le talent (trop subjectif), la chance ( trop aléatoire) ou le seul travail acharné. Rajoutez-y une analyse poussée de vos résultats, de la curiosité, une vue d’ensemble, des conseils et lectures autour du marketing et de l’entrepreneuriat, voire un bon coaching ( qui pourra vous faire gagner un temps précieux ) auprès d’une personne qui vous motive, et qui soit assez empathique pour travailler avec des profils créatifs comme les vôtres ( fuyez les coachs “gourous” et autres egos surdimmensionnés) !

Si cet article a su résonner en vous, vous pouvez retrouver tous mes manuels traitant d’entreprenariat créatif, réunis dans mon PACK ENTREPRENEUR ( la méthode LiveMentor en sketchnotes, la Pensée visuelle pour son CV, la méthode 80/20, etc.). Ils vous aideront à vous poser les bonnes questions pour votre activité créative, et à partir sur de solides bases. Je vous souhaite toute la réussite possible !

À bientôt

Anne

Publié par AnneB

Illustratrice, scribe, mais aussi musicienne, formatrice et auteure... Free-lance, je suis ouverte à toute proposition de collaboration, rencontrons-nous !

3 commentaires sur « Comment (vraiment) vivre de sa créativité ? »

  1. Super article vraiment, merci pour cette belle découverte 🙂 hésites pas à venir faire un tour sur mon site Mood-blog.fr et à t’abonner si ça te plaît 🙂

    1. Merci à toi, Ju, et ravie de voir que mes articles peuvent t’inspirer 🙂 ! J’irais voir ton site avec plaisir, merci pour le lien ! Anne

      1. Merci pour toi vraiment, tres intructif ton article 🙂

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